
Raccordement et traçabilité métrologique : ce qu’exige le COFRAC
La traçabilité métrologique est examinée tout au long du cycle d’accréditation, de l’évaluation initiale aux surveillances. Voici ce qu’exigent la norme ISO/IEC 17025 et la politique du COFRAC, et comment en apporter la preuve le jour de l’évaluation.
Publié le 15 juillet 2026 par 3D Synergie
Le raccordement métrologique désigne l’établissement de la traçabilité métrologique : relier vos résultats de mesure à une référence, le plus souvent le Système international d’unités (SI), par une chaîne ininterrompue et documentée d’étalonnages. Pour un organisme accrédité ou candidat à l’accréditation, le sujet ne concerne pas que les métrologues : dès qu’une mesure affecte l’exactitude ou la validité de vos résultats, le COFRAC attend que son raccordement soit démontré, enregistrements à l’appui. Cette page fait le point sur les exigences de la norme ISO/IEC 17025 et de la politique du COFRAC, sur les voies de raccordement acceptées et sur la manière de préparer cette démonstration pour votre évaluation.
La traçabilité métrologique : une chaîne ininterrompue jusqu’aux références
Le Vocabulaire international de métrologie (VIM) définit la traçabilité métrologique comme la « propriété d’un résultat de mesure selon laquelle ce résultat peut être relié à une référence par l’intermédiaire d’une chaîne ininterrompue et documentée d’étalonnages dont chacun contribue à l’incertitude de mesure ». Chaque mot compte. La chaîne est ininterrompue : de votre instrument de travail jusqu’à la référence, chaque étalon a lui-même été étalonné par un maillon supérieur de la hiérarchie. Elle est documentée : chaque maillon laisse une trace exploitable, en pratique un certificat d’étalonnage. Et chaque étalonnage contribue à l’incertitude : une incertitude de mesure se construit de proche en proche, si bien qu’un certificat qui n’en mentionne aucune rompt la chaîne aussi sûrement qu’un étalonnage manquant.
Sans cette propriété, deux mesures du même objet réalisées par deux organismes ne sont pas comparables, et une déclaration de conformité perd son sens. C’est pourquoi la traçabilité métrologique est un fondement technique de l’accréditation, pour les laboratoires comme pour les organismes d’inspection dont les décisions reposent sur des mesures.
Ce qu’exigent la norme ISO/IEC 17025 et la politique du COFRAC
La norme ISO/IEC 17025:2017 consacre son article 6.5 à la traçabilité métrologique, complété par une annexe A informative qui explique comment l’établir et la démontrer. Le laboratoire doit relier ses résultats au SI par l’une des possibilités reconnues : un étalonnage réalisé par un laboratoire compétent, les valeurs certifiées de matériaux de référence certifiés fournis par un producteur compétent, ou la réalisation directe des unités du SI, vérifiée par comparaison avec des étalons nationaux ou internationaux. Ces exigences structurent le référentiel de l’accréditation ISO 17025 des laboratoires, mais la question du raccordement dépasse ce seul référentiel.
Le COFRAC a en effet formalisé sa politique dans le document GEN REF 10 (« Traçabilité des résultats de mesure : politique du Cofrac et modalités d’évaluation », applicable depuis le 1er novembre 2019), complété par le guide technique GEN GTA 01. Ce document s’applique à tout organisme accrédité ou candidat dont les activités impliquent des mesures, lorsque celles-ci affectent l’exactitude ou la validité des résultats couverts par l’accréditation. Il pose deux principes : le raccordement se fait au SI lorsque c’est possible et pertinent, et la traçabilité doit être démontrée par des enregistrements disponibles lors des évaluations. Pour les laboratoires, ces exigences s’articulent avec le document d’application du COFRAC dédié à la norme, le LAB REF 02.
Les trois voies de raccordement métrologique admises par le COFRAC
Le GEN REF 10 reconnaît trois voies pour raccorder au SI les étalons et instruments de mesure qui influencent le résultat de vos prestations :
- Voie 1 : étalonnage réalisé par un laboratoire national de métrologie (LNM) dont les aptitudes en matière de mesures et d’étalonnages (CMC) sont couvertes par l’arrangement de reconnaissance mutuelle du CIPM. La preuve attendue est un certificat d’étalonnage portant la mention de cette couverture.
- Voie 2 : étalonnage réalisé par un laboratoire d’étalonnage accrédité par un organisme d’accréditation signataire des accords de reconnaissance d’EA ou d’ILAC pour l’étalonnage. En France, c’est le cas des laboratoires accrédités par le COFRAC. Le certificat doit porter la marque d’accréditation pour l’activité d’étalonnage, ou une référence textuelle à cette accréditation.
- Voie 3 : étalonnage réalisé par un organisme compétent hors des deux premières voies. Elle recouvre la métrologie réalisée en interne (voie 3-interne) et les étalonnages confiés à un prestataire non accrédité ou à un LNM hors arrangement du CIPM (voie 3-externe). Le certificat seul ne suffit alors pas : il doit être combiné aux preuves du respect des exigences techniques et organisationnelles fixées par le GEN REF 10.
Ces voies ne sont pas interchangeables. Le raccordement des étalons de référence passe par la voie 1 ou la voie 2 ; la voie 3 n’est admise que lorsque ces deux voies ne sont pas possibles ou pas pertinentes, ce que l’organisme doit pouvoir justifier lors des évaluations. Pour les équipements de mesure, les voies 1, 2 et 3-interne sont ouvertes, la voie 3-externe restant elle aussi à justifier.
Le cas des matériaux de référence certifiés
L’étalonnage peut aussi s’appuyer sur des matériaux de référence certifiés (MRC). Le GEN REF 10 reconnaît ceux fournis par un LNM sous couvert de l’arrangement du CIPM, ceux d’un producteur de matériaux de référence accrédité selon les accords d’EA ou d’ILAC, et, dans le domaine médical, ceux référencés dans la base du JCTLM. Recourir à un autre MRC reste possible, à condition de démontrer et d’enregistrer qu’il assure bien la traçabilité, ce qu’un MRC produit selon la norme ISO 17034 permet d’établir.
Voie 3 : une souplesse qui se paie en exigences
Réaliser ses étalonnages en interne ou les confier à un prestataire non accrédité est permis, mais le niveau de démonstration attendu change de nature. L’entité qui étalonne doit satisfaire les chapitres pertinents de l’ISO/IEC 17025 : compétence du personnel, installations et conditions ambiantes, équipements, traçabilité métrologique de ses propres étalons, validation des méthodes d’étalonnage, évaluation des incertitudes, assurance de la validité des résultats et contenu des certificats. Les possibilités d’étalonnage doivent être documentées, avec les grandeurs couvertes, les étendues de mesure, les méthodes et les meilleures incertitudes. Les incertitudes s’évaluent selon les documents internationaux de référence (GUM, ILAC P14, EA-4/02), avec un facteur d’élargissement correspondant à une probabilité de couverture d’environ 95 %.
En voie 3-externe, c’est à vous d’évaluer le prestataire comme le ferait un auditeur : sur la base des exigences du GEN REF 10, par un personnel formé aux techniques d’audit et disposant de connaissances en métrologie, à une fréquence issue d’une analyse de risques documentée. Vous devez aussi vous assurer qu’il surveille la validité de ses résultats, par exemple par des comparaisons interlaboratoires. Ce transfert de charge explique pourquoi la voie 2 reste, chaque fois qu’elle est accessible, la solution la plus simple à défendre en évaluation.
Démontrer le raccordement métrologique lors d’une évaluation
Dès la demande d’accréditation, l’organisme qui identifie des besoins de raccordement doit préciser les voies choisies, et informer le COFRAC en cas de changement de voie ou d’extension de ses capacités d’étalonnage internes. L’évaluation complète de la traçabilité métrologique couvre ensuite quatre phases : l’identification des besoins métrologiques, l’établissement du programme d’étalonnage, la réalisation des étalonnages et l’exploitation des résultats. Elle est menée lors des évaluations initiales et des réévaluations, puis par échantillonnage lors des surveillances. En voie 3, des dispositions particulières s’ajoutent : évaluateurs disposant de qualifications adaptées aux étalonnages concernés, observation possible des étalonnages internes, examen de l’évaluation que vous avez faite de votre prestataire.
Concrètement, l’équipe d’évaluation part d’un équipement et remonte la chaîne : besoin métrologique identifié, certificat d’étalonnage conforme à la voie annoncée, incertitudes exploitables, et surtout exploitation effective des résultats. Un certificat archivé sans analyse ne démontre rien : il faut pouvoir montrer ce que vous avez fait des écarts et des incertitudes constatés. Les deux premières phases, l’identification des besoins et le programme d’étalonnage, relèvent de la gestion du parc d’équipements de mesure, qui fait l’objet d’un guide dédié. La logique d’ensemble de l’exercice, elle, rejoint celle de toute préparation à l’évaluation COFRAC : des preuves organisées, accessibles et cohérentes avec vos pratiques déclarées.
Les pièges qui coûtent des écarts
Certaines erreurs reviennent régulièrement dans les fiches d’écarts liées à la traçabilité :
- Confondre certificat d’étalonnage et constat de vérification. Le constat ne comporte pas les résultats de mesure ni les incertitudes, seulement une déclaration de conformité à des spécifications. Il ne vaut preuve de raccordement que si cette déclaration respecte les conditions de l’annexe A.2.3 de l’ISO/IEC 17025 : une plage de valeurs assortie d’un niveau de confiance spécifié, tenant compte du biais et de l’incertitude de mesure. Encore faut-il que les spécifications retenues soient cohérentes avec vos besoins métrologiques réels.
- Choisir un prestataire non accrédité par commodité. Vous basculez alors en voie 3-externe, avec l’ensemble du référentiel à démontrer vous-même. La mention « étalons raccordés COFRAC » sur le certificat d’un prestataire non accrédité ne le fait pas passer en voie 2.
- Accepter un certificat sans marque d’accréditation. Un laboratoire accrédité peut émettre des certificats hors du périmètre de son accréditation. Sans la marque, ou une référence textuelle à l’accréditation pour l’activité d’étalonnage, le certificat ne constitue pas une preuve au titre de la voie 2.
- Assimiler vérification réglementaire et raccordement. Le GEN REF 10 est explicite : les déclarations de conformité aux exigences de la métrologie légale, seules, ne constituent pas des preuves de raccordement au SI. Les organismes qui exercent en métrologie légale répondent à un cadre réglementaire distinct, qui ne dispense pas de démontrer la traçabilité de vos propres mesures.
- Ne pas justifier l’absence de raccordement. Décider qu’une mesure n’a pas d’influence sur vos résultats est légitime, mais cette décision doit être étayée par des enregistrements disponibles en évaluation, pas simplement affirmée.
Et quand le raccordement au SI n’est pas possible ?
Le GEN REF 10 envisage le cas : le raccordement n’est pas possible lorsqu’aucun organisme n’offre le service d’étalonnage pour le type d’équipement, l’étendue de mesure ou l’incertitude requise, et il n’est pas pertinent lorsque les moyens de traçabilité préconisés présentent des contre-indications techniques, par exemple liées au transport de l’objet à étalonner. Dans ces situations, l’organisme documente ses recherches de prestataires ou de MRC, se raccorde si nécessaire à d’autres références appropriées et démontre la validité de ses mesures par d’autres moyens, comme des comparaisons interlaboratoires ou des pratiques consensuelles. Là encore, ce sont les enregistrements qui font foi.
Sécuriser votre traçabilité métrologique avec 3D Synergie
Vérifier une chaîne de raccordement demande un œil exercé : lecture critique des certificats, cohérence entre besoins métrologiques et spécifications, solidité des justifications de voie 3. Les audits internes et audits à blanc conduits par 3D Synergie passent votre traçabilité métrologique au crible, dans les conditions d’une évaluation réelle, et vous laissent un plan d’actions priorisé pour corriger ce qui doit l’être avant le passage du COFRAC.
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